quand la route devient source d’angoisse
Il y a quelques années, Sophie était parfaitement à l’aise au volant.
Conduire représentait pour elle un moment de liberté et de détente.
Mais un jour, en pleine période de stress personnel et professionnel, tout a basculé.
Alors qu’elle rentrait du travail, sur l’autoroute, elle a été saisie d’une crise d’angoisse violente :
elle roulait tranquillement avec la radio allumée, puis a regardé autour d’elle, comme elle l’avait déjà fait des millions de fois…
Rien n’était anormal, et pourtant, d’un coup, son cœur s’est emballé.
Sa vision s’est brouillée, elle s’est mise à hyperventiler.
Maux de ventre, sentiment d’un malheur imminent, impression de ne plus être dans la réalité, comme si elle voyait le monde à travers un filtre.
Une idée s’est imposée : elle était en danger de mort.
Convaincue qu’il fallait fuir au plus vite, elle a pris la première sortie pour s’arrêter, tremblante, en larmes, sans comprendre ce qui venait de se passer.
De retour chez elle, elle a mis ça sur le compte de la fatigue ou d’un repas mal digéré.
Cependant, au fil des jours, chaque fois qu’elle devait reprendre la voiture, une tension revenait et s’intensifiait progressivement.
Ainsi, la peur s’est installée peu à peu : les crises se sont répétées, d’abord dans un rond-point, puis à un feu rouge, et enfin dans les embouteillages.
Peu à peu, la peur a pris toute la place.
Sophie a commencé à mettre en place des stratégies d’évitement : ne plus emprunter l’autoroute, contourner les zones de circulation dense, partir très tôt le matin pour éviter le trafic.
Elle demandait parfois à son mari de la déposer ou faisait du covoiturage avec des collègues.
Mais plus elle évitait, plus la peur grandissait.
Jusqu’à ce que le simple fait de s’asseoir dans sa voiture devienne un effort surhumain, déclenchant à lui seul une nouvelle crise d’angoisse.

Quand la peur de conduire s’installe
L’amaxophobie est une phobie spécifique : une peur intense de conduire ou simplement de se trouver dans une voiture.
Ce n’est pas une simple appréhension, mais une peur démesurée et irrationnelle, que la personne reconnaît mais ne parvient pas à contrôler.
Elle peut parfois être associée à l’agoraphobie, puisque les deux partagent la peur d’être coincé dans un lieu d’où il serait difficile de s’échapper.
L’amaxophobie fait partie des troubles anxieux, au même titre que d’autres phobies ou formes d’anxiété spécifique.
Les symptômes les plus courants

Cette peur s’accompagne souvent de symptômes physiques très forts :
palpitations, vertiges, respiration difficile, sensation d’étouffement, bouffées de chaleur, gorge serrée, douleurs au ventre, vision trouble, ou encore impression de ne plus être “vraiment là”.
Ces sensations peuvent apparaître au volant, sur le siège passager, ou même à la simple idée de prendre la voiture.
Le cerveau anticipe le danger, et le corps réagit comme si ce danger existait réellement.
Certaines personnes paniquent dans des situations précises — tunnels, ponts, circulation dense, routes sans issue —, d’autres uniquement lorsqu’elles transportent des passagers, de peur de provoquer un accident.
Dans tous les cas, l’émotion est violente, incontrôlable, et laisse souvent une grande honte :
- « Comment une situation aussi banale peut-elle me paralyser à ce point ? »
Pourquoi cette peur apparaît-elle ?
Les origines de l’amaxophobie varient d’une personne à l’autre.
Elle peut faire suite à un accident, à un malaise vécu au volant, à une crise d’angoisse isolée, ou survenir dans un contexte de fatigue et de stress accumulés.
Certaines personnes présentent déjà un terrain anxieux, ce qui peut rendre le corps et le mental plus sensibles au stress et favoriser l’apparition de cette phobie.
Mais parfois, aucun événement précis ne l’explique : la peur s’installe progressivement, nourrie par la crainte de perdre le contrôle, de faire du mal à quelqu’un, ou de revivre une sensation insupportable.
Peu à peu, le conducteur met en place des évitements : éviter certains trajets, ne plus conduire seul, repousser les départs, changer d’itinéraires.
Ces comportements apaisent sur le moment, mais renforcent la peur sur le long terme.
Chaque évitement envoie au cerveau le même message :
« Cette situation est dangereuse, il faut l’éviter. »
Résultat : la peur s’installe durablement.
Le cercle vicieux de l’anxiété

Reprenons l’exemple de Sophie.
Avec le temps, elle est devenue hypervigilante.
Chaque battement de cœur, chaque bouffée de chaleur ou sensation de vertige était perçue comme un signe de danger imminent.
Cette surveillance constante a fini par amplifier ses sensations et reproduire la crise initiale.
C’est le piège de la peur d’avoir peur.
Avant même de conduire, le corps se met en alerte.
Le mental imagine alors les pires scénarios :
« Et si je faisais un malaise ? »
Ou encore, « et si je perdais le contrôle ? »
Et finalement, « si personne ne pouvait m’aider ? »
Et plus ces pensées reviennent, plus la peur grandit.
Comprendre le mécanisme
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) permettent de comprendre ce fonctionnement.
Ce n’est ni la voiture ni la route qui provoquent l’angoisse, mais le lien que le cerveau a créé entre la conduite et le danger.
Pour éviter de revivre une peur passée, il déclenche une alarme à la moindre ressemblance avec la situation initiale : vitesse, bruit, isolement, embouteillages.
Le travail thérapeutique consiste à désamorcer cette alarme et à réapprendre que conduire n’est pas dangereux, que les sensations physiques sont simplement les signes d’une émotion, et non d’une menace.
Des outils concrets pour retrouver confiance
L’accompagnement TCC combine plusieurs approches complémentaires :
1. Apaiser le corps
Apprendre la respiration contrôlée, la cohérence cardiaque, la relaxation musculaire ou la pleine conscience.
Ces techniques permettent de calmer le système nerveux et de restaurer un sentiment de sécurité.
2. Observer ses pensées
Repérer les pensées automatiques du type « Je vais perdre le contrôle » ou « Je ne vais pas y arriver », et les regarder comme ce qu’elles sont : des pensées, pas des faits.
3. Se réexposer progressivement
Reprendre le volant étape par étape.
Commencer par s’installer dans la voiture moteur éteint, puis faire un court trajet, puis rallonger peu à peu les distances.
Chaque exposition répétée dans un cadre sécurisé permet au cerveau de réapprendre que la situation n’est pas dangereuse.
Dans un second temps, certaines approches, comme la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), vont encore plus loin.
Elles invitent à accueillir les émotions au lieu de les fuir, à faire de la peur une alliée, et à continuer à avancer malgré elle, vers ce qui compte vraiment : la liberté, l’autonomie et la confiance en soi.
En parallèle, un suivi peut également proposer un travail de restructuration cognitive — pour modifier les pensées automatiques — ainsi qu’une hiérarchisation des situations anxiogènes, afin de s’exposer progressivement à ce qui déclenche l’anxiété.
Selon le rythme et la personnalité de chacun, ces expositions peuvent se faire d’abord en imagination, puis en conditions réelles, toujours dans un cadre bienveillant et sécurisant, sans contrainte ni forcer.
Reprendre la route sereinement

Et Sophie, dans tout cela ?
Eh bien, au fil des séances, Sophie a peu à peu réappris à conduire autrement.
D’abord, elle a appris à reconnaître et à apprivoiser ses sensations physiques plutôt que de les craindre.
Puis, grâce à la respiration consciente, à la défusion des pensées anxieuses et à des expositions progressives, elle a commencé à retrouver de la stabilité et du contrôle.
Jour après jour, la peur s’estompe.
Elle n’a pas disparu d’un coup — comme souvent dans un travail thérapeutique —, mais elle a cessé de diriger sa vie.
Aujourd’hui, Sophie conduit de nouveau avec calme, consciente que ses émotions ne sont plus un danger, mais un signal qu’elle sait comprendre et apaiser.
FAQ : tout comprendre sur l’amaxophobie
Qu’est-ce que l’amaxophobie ?
C’est une peur intense et irrationnelle liée à la conduite, souvent associée à la crainte de perdre le contrôle, de faire un malaise ou de provoquer un accident.
Est-ce fréquent ?
Oui, très. Beaucoup de personnes en souffrent, souvent en silence, qu’elles soient jeunes conducteurs ou habitués de la route.
Comment distinguer le stress de l’amaxophobie ?
Le stress est ponctuel et disparaît après la situation.
L’amaxophobie, elle, s’installe dans le temps : elle pousse à éviter la conduite et s’accompagne d’une forte anticipation anxieuse.
Peut-on s’en sortir ?
Oui. Les TCC ont démontré leur efficacité.
Elles permettent de comprendre les mécanismes de la peur, d’apaiser le corps et de reprendre progressivement confiance.
Combien de temps faut-il ?
Chaque personne avance à son rythme, mais les premiers progrès apparaissent souvent dès les premières semaines, à condition de pratiquer régulièrement les exercices.
Faut-il se forcer ?
Non. Le travail se fait dans la progressivité et la bienveillance.
On ne force pas la peur, on la désactive peu à peu.
Reprendre le volant… et le contrôle de sa vie
L’amaxophobie n’est pas une faiblesse ni un manque de volonté.
C’est une réaction du corps face à une peur intense, qui peut être comprise, travaillée et apaisée.
Avec un accompagnement bienveillant et des outils concrets — respiration, restructuration cognitive, expositions graduées — il est tout à fait possible de retrouver la liberté et le plaisir de conduire sereinement.
Pour aller plus loin, découvrez :
- comment les TCC aident à apaiser les troubles anxieux
- mon article sur la cohérence cardiaque
- mes conseils pour calmer une crise d’angoisse
Si vous vous reconnaissez dans ces symptômes, consulter un psychopraticien spécialisé en TCC peut vous aider à amorcer un véritable travail de libération et à reprendre progressivement confiance en vous et en la route.
