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Les Secrets de Famille: les comprendre pour s’en libérer

Femme observant son reflet dans un miroir, symbole d’introspection et de mémoire familiale

Le secret intentionnel est délibérément dissimulé, souvent par honte ou culpabilité — par exemple une filiation cachée ou un acte jugé inavouable.
En revanche, le non-dit, quant à lui, n’est pas toujours perçu comme un secret. Sa charge émotionnelle est si forte que, bien souvent, personne n’ose en parler, comme dans le cas d’une perte d’enfant ou d’un deuil refoulé.

Ainsi, dans les deux cas, l’information reste inaudible au sein du système familial. Cependant, son influence perdure, souvent sous des formes imprévisibles.

Pour ce dernier, trois conditions caractérisent un secret :

  1. L’événement est volontairement caché.
  2. Il est interdit d’en parler ou de chercher à savoir.
  3. Il s’agit d’un événement douloureux pour la personne concernée.

Ces trois éléments réunis rendent le secret toxique, car il empêche la mise en sens et la reconnaissance du vécu.
Ce qui n’a pas pu être dit tend à se répéter, souvent sous une autre forme, chez les descendants.

Serge Tisseron décrit la dynamique transgénérationnelle du secret à travers trois étapes :

L’événement traumatique est si bouleversant qu’il paralyse la parole. La personne touchée est figée dans le silence, incapable de mettre des mots sur ce qu’elle a vécu.
Le traumatisme reste alors fragmenté dans son psychisme et se manifeste indirectement : gestes symboliques, silences prolongés, réactions émotionnelles disproportionnées.
À ce stade, le secret de famille est tu, mais il agit déjà.

Les enfants de la première génération ressentent une tension diffuse, sans comprendre son origine et perçoivent la souffrance de leurs parents, mais celle-ci n’est jamais verbalisée.
Cela crée chez eux un fossé intérieur, une sorte de confusion psychique.
Comme ils n’ont pas accès à une explication claire, ils développent parfois des troubles émotionnels ou comportementaux.
Le secret est désormais innommable, car aucune parole ne le relie à un fait réel.

Cette dernière génération ressent un malaise, un vide ou des symptômes, sans pouvoir en identifier la cause.
Elle porte en elle l’écho d’un traumatisme qu’elle ne peut ni nommer ni comprendre.
Des angoisses, des maladies ou des comportements énigmatiques apparaissent, comme si le corps ou l’esprit cherchaient à exprimer ce qui a été tu.
Le secret de famille devient impensable : il ne peut même plus être imaginé.

Mains tenant un ancien journal intime, représentant la mémoire familiale et les non-dits transmis

Les secrets de famille ne se transmettent pas toujours de parent à enfant.
Ils peuvent circuler de manière horizontale ou diagonale, touchant des membres éloignés sur le plan généalogique mais proches émotionnellement :

  • un neveu peut porter le traumatisme d’un oncle,
  • une petite-cousine peut rejouer une blessure vécue par une grand-tante,
  • un enfant unique peut incarner un conflit ancien entre ses grands-parents.

Le psychisme familial fonctionne comme un système vivant, où circulent des loyautés inconscientes, des places symboliques et des rôles hérités.
Le secret agit comme une charge émotionnelle flottante, cherchant un porteur prêt à l’accueillir — ou à le révéler.

L’impact dépend de la nature du secret et du tempérament des individus, mais certains effets sont récurrents.

  • Culpabilité irrationnelle : l’enfant s’attribue la souffrance d’un parent sans comprendre.
  • Imagination catastrophique : en l’absence de vérité, l’esprit invente des scénarios pires que la réalité.
  • Perte de confiance : quand l’adulte évite ou nie, l’enfant doute de la parole et développe un sentiment d’insécurité.
  • Inhibition du savoir : croyance que “comprendre est interdit”, pouvant freiner le développement intellectuel.

Ces mécanismes peuvent se rejouer sur plusieurs générations, façonnant les comportements, les relations et les choix de vie.


Comment les secrets de famille se manifestent-ils dans la vie des descendants ?

Les secrets laissent rarement les générations suivantes indemnes.
Ils créent souvent un “fantôme psychique” — une présence invisible mais agissante dans l’inconscient familial.

Ce fantôme se manifeste par :

  • Syndrome du secret : angoisse diffuse, besoin de protéger un non-dit.
  • Comportements répétitifs : échecs, ruptures, relations toxiques qui se reproduisent.
  • Symptômes psychosomatiques : douleurs ou maladies inexpliquées.
  • Réactions disproportionnées : colère, honte, culpabilité sans cause apparente.
  • Problèmes d’identité : sentiment d’étrangeté à soi, confusion ou vide intérieur.

Ces effets peuvent surgir à des moments-clés : deuil, rupture, naissance ou événement familial résonnant avec le secret.

Les secrets de famille peuvent prendre des formes variées :

  • Secrets de filiation : paternité cachée, adoption non dite, accouchement sous X, abandon inexpliqué.
  • Secrets liés à la sexualité : homosexualité cachée, infidélité, violences sexuelles, avortement clandestin.
  • Secrets comportementaux : addictions, violences, harcèlement, troubles psychiatriques, incarcération.
  • Secrets liés à la mort : suicide, mort d’enfant, causes de décès dissimulées.

Parfois, un secret en cache un autre : un avortement peut masquer une liaison secrète, un mensonge peut dissimuler une trahison ancienne.
Ce qui semble être le secret n’est parfois que la surface d’une réalité plus complexe.

Un secret n’est pas une fatalité. Même s’il a traversé les générations, il est toujours possible de rompre le silence.

Parler, mettre des mots et exprimer les émotions enfouies allègent déjà son poids.
Quand la parole est impossible, l’accompagnement thérapeutique aide à reconstruire le sens et à restituer une cohérence émotionnelle.

  • Prendre conscience des secrets : explorer l’arbre généalogique, interroger les non-dits, recueillir des témoignages.
  • Identifier les schémas répétitifs : situations qui reviennent (ruptures, échecs, maladies).
  • Exprimer les émotions refoulées : colère, peur, tristesse.
  • Rétablir la vérité familiale : accepter les faits cachés et leur redonner une place.
  • Rituels symboliques : lettres, bougies, gestes de réparation, paroles libératrices.

Q : Pourquoi un secret de famille se transmet-il ?
R : Parce que ce qui n’a pas été dit ou reconnu continue d’exister autrement. Les émotions non exprimées se transmettent inconsciemment, à travers les comportements, les attitudes ou même le corps. La psychogénéalogie aide à comprendre cette transmission invisible et à la transformer.

Q : Comment savoir s’il existe un secret de famille dans mon histoire ?
R : Certains signes peuvent alerter : des silences persistants sur certains sujets, des zones floues dans le récit familial, des répétitions de schémas (échecs, ruptures…) ou une sensation de malaise sans cause identifiée. La démarche en psychogénéalogie permet d’explorer ces indices avec discernement.

Q : Est-il nécessaire de connaître toute la vérité pour se libérer ?
R : Non. Il n’est pas toujours indispensable de tout savoir. Même si le secret reste partiellement inconnu, le fait de reconnaître son existence et d’accueillir les émotions qu’il suscite permet déjà une libération symbolique. L’objectif du travail thérapeutique est de retrouver du sens et de la cohérence dans son histoire.

Q : Faut-il absolument révéler le secret à sa famille ?
R : Pas forcément. La libération commence par une prise de conscience intérieure. Certains secrets peuvent être nommés sans être exposés dans le détail. L’essentiel est de rompre le silence intérieur sans se mettre en danger ni bouleverser inutilement l’équilibre familial.

Q : Que faire si ma famille refuse d’en parler ?
R :Il arrive que certaines personnes ne puissent ou ne veuillent pas aborder certains sujets. Dans ce cas, il est possible de travailler individuellement sur ce que l’on ressent, sur les loyautés invisibles et sur les émotions héritées. Ainsi, ce travail permet de rompre la transmission sans avoir besoin de la participation familiale.

Trois singes symbolisant le silence et le déni dans les secrets de famille (“ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre”)

Mettre en lumière pour se libérer

Les secrets de famille façonnent silencieusement nos émotions, nos pensées et nos comportements.
Les mettre en lumière, c’est rompre la chaîne du silence, retrouver sa place et se réconcilier avec son histoire.
La psychogénéalogie permet d’explorer ces héritages invisibles, d’en comprendre le sens et de les transformer en forces intérieures, pour vivre plus librement le présent.

Un premier échange de 20 minutes, à distance et sans engagement, est possible si vous souhaitez aborder ce sujet en toute confiance.

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